Présentation

Portrait – Alexandre Kojève

Au-delà des apparences et des habitudes, l’Europe reste largement à comprendre, et bien davantage à construire.

Alors que l’Union européenne doit faire face à de multiples « crises », à des critiques sur son efficacité ou sa légitimité, les rencontres « Europe Kojève 2018 » qui auront lieu les 7 et 8 juin prochains viseront, à partir de l’œuvre et du parcours d’Alexandre Kojève, à mieux situer le travail de construction de l’Europe dans l’espace et dans le temps, au-delà des seules injonctions du présent.

Kojève joua un rôle important dans les négociations économiques de la France au plan international et européen. Lui rendre hommage à l’occasion des cinquante ans de sa disparition (en juin 1968 à Bruxelles), saluer le rôle d’un négociateur et d’un philosophe hors norme, contribuera à poser la question de la possibilité et des conditions d’exercice effectives d’une puissance publique européenne.

Il s’agira d’entendre des responsables publics européens, des enseignants, chercheurs et intellectuels connaisseurs de l’œuvre de Kojève comme de l’Union européenne, des psychanalystes, afin d’examiner de concert (par assonances, et dissonances si besoin est) certains des développements européens actuels à la lumière d’analyses et de thèses qu’il développa (dont celles sur la « fin de l’histoire » popularisée par Francis Fukuyama après la chute du Mur de Berlin et de l’Union soviétique, et sur « l’Etat universel et homogène », sorte de préfiguration de la mondialisation).

Alexandre Kojève

En effet, alors que la tâche de construire l’Europe semble parfois presque impossible, n’y a-t-il pas lieu de mettre en présence des acteurs venant d’horizons variés, précisément des représentants des trois professions que Freud nommait « impossibles » (c’est à dire celles « dans lesquelles on peut d’emblée être sûr d’un succès insuffisant ») : éduquer, gouverner, analyser ?

Mettant en discussion certaines des notions clefs développées par Kojève, il s’agira d’interroger les désirs et les discours à l’œuvre en Europe aujourd’hui, ce qu’ils conditionnent – c’est à dire autorisent, limitent ou interdisent – dans les rapports entre individus, opinions publiques, institutions et gouvernements à l’heure de la mondialisation, des empires et des populismes.

Images : © Nina Kousnetzoff